Le Guide du tandem (chapitre 3) : Le tandem et ses accessoires

3. Le Tandem et ses accessoires

de Daniel GOUY

Le tandem est constitué comme un vélo d’un cadre, de périphériques et d’accessoires. Nous allons présenter quelques caractéristiques du tandem et en particulier du tandem utilisé par les déficients visuels ainsi que les conséquences sur les conseils à donner aux guides.

3.1 Le cadre

Le cadre constitue la partie principale et la plus originale du tandem, sa géométrie et ses dimensions dépendent de l’usage envisagé et en théorie de la taille des utilisateurs. Différents modèles sont présentés à titre d’exemple.

un tandem classiqueun cadre de tandem

Dans notre propos consacré aux déficients visuels faisant de la randonnée le choix du cadre est très limité. En effet soit le tandem est personnel propre à un déficient visuel soit il appartient à un club et est destiné à plusieurs personnes. Dans le premier cas la taille du cadre peut être envisagée sur mesure pour son propriétaire mais il reste à définir la taille du guide. Il est très rare de disposer d’un seul guide pour une longue durée et donc difficile de définir une taille pour la partie avant du cadre. Cette incertitude sur la composition de l’équipage associée au coût élevé limite l’intérêt du tandem sur mesure pour un déficient visuel. De même pour un club il est préférable d’utiliser des cadres standard en retenant 2 ou 3 dimensions qui permettront aux utilisateurs de choisir la taille la mieux adaptée. Si on exclut la compétition, les déficients visuels utilisent en général un cadre de dimensions standard calculées par le fabricant et les utilisateurs ajustent la taille en jouant sur les périphériques (selle et guidon). Pour le guide, la recherche de la bonne position de l’équipage sera une des premières actions à entreprendre avant une sortie. Dans la mesure du possible, dans les clubs si le nombre de participant à une sortie est suffisant, il sera judicieux de tenir compte de la taille pour constituer les équipages et faciliter ainsi les réglages. Cependant ce n’est pas le seul critère à retenir (voir 6.2 sortie de groupe).

 Par rapport à un vélo les particularités du cadre d’un tandem sont la longueur et le poids qui bien sûr influencent les performances (moindre rendement en côte) et la conduite (moindre maniabilité).

3.2 Les périphériques

-Les roues et les pneus du tandem sont soumis à de fortes contraintes en raison du poids de l’équipage et du cadre qui est plus du double de celui subi par les roues d’un vélo. En conséquence les roues sont renforcées avec un plus grand nombre de rayons et sont donc plus lourdes. Les pneus doivent être choisis de très bonne qualité avec bande de roulement également renforcée. Même dans ces conditions on sera surpris par la rapidité de l’usure du pneu arrière. Le guide doit donc veiller à l’état d’usure des pneus et les gonfler à la limite supérieure indiquée sur le flanc à chaque sortie sous peine de pincer. Il existe 2 diamètres usuels pour les roues (26’’ et 700) qui sont définis par les dimensions du cadre. Lors du choix d’un tandem on tient donc compte de la taille du cadre et des roues qui sont liées. Les roues de 26’’ adaptées aux personnes de petite taille, plus maniables donnent un meilleur équilibre et sont plus faciles à utiliser en côte. Elles sont donc le plus souvent utilisées tandis que l’on réservera les roues de 700 aux personnes de grande taille. Le choix de la largeur et du type de pneus est beaucoup plus vaste et fonction du type de randonnée effectuée (route, VTC, VTT) du chargement, des performances et du confort recherchés. Dans tous les cas il y a un compromis à trouver entre confort/sécurité et frottement du pneu sur le sol.

 -La transmission sur un tandem réside dans une partie semblable à celle d’un vélo et une partie spécifique; La partie semblable située à droite est constituée d’un pédalier, d’une chaîne d’entraînement d’un dérailleur et d’un jeu de pignons .

                    transmission d'entrainement à droite

                              Transmission d’entraînement à droite

 Sur un tandem, le triple plateau et des très petits développements sont d’usage en raison du faible rendement en côte et du poids. L’usure de cette transmission n’est pas forcément supérieure à celle observée sur un vélo mais très variable en fonction de l’utilisateur car un mauvais usage a des conséquences beaucoup plus marquées que sur un vélo toujours en raison du poids et des forces mises en jeu. Il est donc exigé des guides de bien respecter la ligne de chaîne, de pédaler en souplesse et de changer de braquet en douceur c’est-à-dire avoir une conduite de cyclo expérimenté.

                                    schéma plateaux pignons

                       Schéma présentant une bonne ligne de chaîne

Un geste manuel délicat, un appui sur les pédales constant et régulé et l’oreille aux aguets doivent donner l’harmonie à ce mécanisme qui nous permet de vaincre les dénivelés en souplesse. Ce principe apporte du confort aux pratiquants et à la monture.

La partie spécifique de la transmission est la chaîne de synchronisation située à gauche qui passe sur 2 pédaliers (avant et arrière) égaux supplémentaires. Cette chaîne permet d’additionner les forces des 2 compères et de pédaler ensemble. Pour tendre cette chaîne il existe un dispositif particulier au tandem situé sur l’axe de pédalier avant et appelé excentrique.

                            chaine de synchronisation à gauche

                                         Chaîne de synchronisation à gauche

                                             excentrique

                                                         Excentrique

Parfois sur les tandems de bas de gamme la tension est assurée par une roulette et un ressort.

                                           tendeur de chaine de synchronisation

                         Tendeur de chaîne de synchronisation

Ce système bruyant et peu pratique n’est pas conseillé. Le réglage de l’excentrique est assez délicat et il n’est pas demandé au guide de s’en occuper. Par contre il est bon de s’assurer de 2 choses d’une part avant de partir que cette chaîne de synchronisation est bien tendue sinon elle risque de dérailler, d’autre part de la bonne position et synchronisation des pédales après un saut de cette chaîne afin de pouvoir pédaler en phase.

-Le poste de pilotage est double avec une partie avant pour le pilote et une partie arrière pour le copilote. Chacune comporte comme sur un vélo 5 appuis : les 2 mains sur le guidon, les fesses sur la selle et les 2 pieds sur les pédales. Le guidon avant bien sur sert de volant pour diriger le tandem mais aussi participe à l’équilibre à faible vitesse lorsque l’effet gyroscopique est nul. Il regroupe également les commandes de freins et très souvent les manettes des dérailleurs.

                             manettes de dérailleurs

                             Manettes de dérailleurs

Le guidon arrière fixe sert surtout de points d’appui pour le copilote et sur les tandems de valide comporte parfois une commande de freins et des manettes de dérailleurs. Dans le cas des déficients visuels le montage d’une commande de frein sur le guidon arrière est prohibé car dangereux et il est impératif que le guide ait seul en main toutes les commandes de freinage. Les manettes de dérailleurs sont parfois observées à l’arrière en général sur un tandem personnel de déficient visuel. Ce montage bien que non rédhibitoire n’est pas recommandé car il implique une communication permanente entre les partenaires qui induit un délai de transmission et augmente les échanges d’information qui sont déjà assez nombreux. Les guidons peuvent être de différents types : guidon de course classique, guidon plat avec ou sans corne, guidon « multiposition ».

 cintre recourbécintre platcintre sportif

                                           Différentes formes de cintre

Il est à noter que le guidon plat n’est pas autorisé dans certaines manifestations cyclosportives en raison du risque de chute par suite de « frottement » et accrochage dans un peloton.

La selle est l’élément de confort le plus important. Il existe également différents modèles en fonction de la structure, de la matière, de la longueur, de la largeur etc.

                   selle classique

selle étroiteselle large

                  Différentes formes de selle

Dans la mesure où les guides changent il n’est pas possible d’avoir une selle personnelle en particulier sur les tandems de club. Cependant on essaiera de disposer de quelques tandems avec des selles pour guide femme. Un guide qui envisage des randonnées assez longues et de plusieurs jours pourra utiliser sa selle personnelle de solo qu’il montera sur le tandem. Le choix du guidon comme de la selle donne lieu à des « guerres de chapelle » mais ce qui compte au final c’est de trouver une bonne position qui permette de pédaler longtemps sans avoir mal ni aux fesses ni au dos ni aux mains. Ceci implique un bon matériel mais aussi et surtout un bon réglage de la hauteur de selle, de la distance selle/guidon et de la différence de niveau selle/guidon. Sur un tandem il faut pouvoir faire tous ces réglages simultanément sur le poste avant et sur le poste arrière. Il faut donc que le cadre soit conçu pour placer chaque guidon à la hauteur souhaitée et que les selles disposent d’un réglage avant/arrière le plus ample possible. Pour ces réglages en fonction des besoins il est aussi possible de jouer sur la longueur des tubes de selle. De plus la selle avant et le guidon arrière sont fixés sur le même tube il faut donc un système permettant de régler le guidon arrière de haut en bas mais aussi d’avant en arrière. Pour les tandems de déficients visuels devant la nécessité de modifier fréquemment les réglages (changement de guide, changement de binôme etc.) le réglage de la hauteur doit se faire avec des blocages rapides mais ceux-ci doivent être manipulés avec précaution afin de limiter l’usure. Néanmoins l’expérience montre qu’il faut les changer assez fréquemment. Les autres réglages s’effectuent généralement à l’aide de clés Allen qui doivent donc être disponibles dans le matériel du tandem (voir 3.3 accessoires). Bien souvent selon la morphologie des partenaires un réglage très précis n’est pas possible et il faut accepter un compromis ou changer de binôme.

Les pédales n’ont pas de caractéristiques propres au tandem. Des pédales automatiques peuvent être utilisées à l’avant et ou à l’arrière mais il y a 2 contraintes. D’une part pour les déficients visuels elles sont difficiles à mettre et doivent pouvoir être engagées des 2 cotés de la pédale. Même dans ces conditions le départ s’avère toujours un peu délicat. D’autre part le changement fréquent d’équipage impliquerait que tous les membres du club aient des chaussures compatibles avec ces pédales et de faire des réglages du serrage à chaque sortie car des pédales automatiques mal réglées sont dangereuses. C’est pourquoi en général les tandems de club ne sont pas équipés de pédales automatiques mais de pédales simples munies de coques.

                     cale-pied coque

                              Cale pied coque

Pour faciliter l’engagement du pied dans les coques par les déficients visuels des sandows relient les pédales avant et arrière de chaque coté de telle façon que les coques soient toujours en position horizontale et prêtes à être chaussées.

Les freins constituent un des points délicats du tandem essentiellement en raison du poids. Les tandems peuvent être équipés de freins à tambour, de freins à patins ou de freins à disque. Le frein à tambour à l’arrière souvent utilisé dans le passé car il évite l’échauffement de la jante en particulier dans une longue descente est lourd et complique le démontage de la roue en cas de crevaison. Les freins à patins sont en général insuffisants ce que l’on compense souvent en utilisant 2 freins sur la roue arrière. Mais le problème majeur est l’échauffement des jantes dans les descentes qui conduit à l’éclatement du pneu et au risque d’une part de chute et d’autre part d’arrêter prématurément la randonnée si on ne dispose pas de pneu de rechange. Les freins à disque constituent un réel progrès pour l’efficacité du freinage comme pour la sécurité et le confort.

                           frein à disque

                                  Freins à disque

Ils peuvent être commandés soit par câble soit par système hydraulique. Bien que les systèmes hydrauliques soient fiables, les câbles sont plus simples à réparer en cas de problème et confèrent plus d’autonomie en voyage.

3.3 Les accessoires

Certains sont obligatoires pour des raisons réglementaires comme la sonnette et l’éclairage la nuit ou pratiques comme la pompe et le matériel d’entretien et de réparation si on veut pouvoir faire les réglages et ne pas rester bloquer au bord de la route en cas de crevaison. Le bidon est également utile si on ne veut pas se dessécher. D’autres accessoires (garde boue, porte bagage, sacoche, compteur, rétroviseur, béquille etc.) relèvent du confort et du plaisir. La sacoche de guidon est bien pratique pour le matériel de réparation, les vêtements et le casse croûte. Le rétroviseur est assez utile pour surveiller la circulation venant de derrière et le compteur comme aide à la navigation. La béquille évite de coucher le tandem sur le sol ou de le faire tenir par le copilote ou de déchirer la guidoline contre les murs. L’intérêt des autres accessoires est fonction du type et de la durée des randonnées envisagées. Tous ces accessoires n’ont rien de spécifique au tandem et aux déficients visuels. Cependant le sac à dos qui n’est d’ailleurs pas recommandé en solo est difficilement utilisable par le pilote car il gène le copilote. Inversement la poche à eau sur le dos du déficient visuel peut être une bonne alternative au bidon qui est parfois difficile à attraper. Enfin la canne blanche télescopique du déficient visuel doit trouver sa place dans la sacoche afin de faciliter ses déplacements aux arrêts.

3.4 La tenue du tandémiste

La tenue du tandémiste ne présente pas de particularité par rapport à un cyclo solo. Le cuissard court, mi-long ou long suivant la saison est recommandé et doit comporter une peau de bonne qualité surtout si on envisage des randonnées un peu longues. Le casque est fortement recommandé et obligatoire pour les déficients visuels afin de protéger le crâne en cas de chute. Pour être efficace et ne pas gêner il doit être à la bonne taille et bien réglé. Sous le casque il est bon de mettre une casquette ou autre accessoire type bandana qui évite que la sueur ne coule dans les yeux et protège des insectes qui peuvent entrer dans le casque. Les gants protègent les mains des frottements sur le guidon, des plaies en cas de chute et du froid en hiver. Si on roule toute l’année il faut prévoir plusieurs paires de gants adaptées à chaque saison.

Les chaussures cyclistes avec cales sont à réserver aux déficients visuels ayant leur propre tandem avec pédales automatiques qui doivent être bien réglées et au guide qui n’utilise qu’un seul tandem qui lui est propre. La plupart des tandems pour déficient visuel étant équipé de pédales simples avec coques il est préférable d’utiliser des chaussures de type VTT à semelle plate qui facilite la marche, mais pas trop épaisse ni rugueuse pour ne pas gêner l’entrée dans les coques. Le laçage est un point important à considérer pour éviter que des lacets trop longs ne se prennent dans le système de transmission. Il faut donc soit des chaussures sans lacet, soit un système de protection soit attacher les lacets de façon à ce qu’ils ne pendent pas. Ce point sera à surveiller par le guide surtout avec un copilote débutant. Le choix de la pointure est aussi important, pour le confort et éviter les fourmillements dans les pieds il faut en général prendre une taille au dessus de la taille normale. L’hiver ou par mauvais temps les pieds pourront être protégés avec des sur chaussures.

Les lunettes permettent de se protéger des poussières et insectes lorsque l’on roule un peu vite en particulier dans les descentes. Elles doivent être bien choisies et ajustées pour éviter la buée lorsque l’on transpire en particulier dans les côtes et ne pas glisser ou tomber. Un système de fixation derrière la nuque est très utile. Le vêtement de pluie (blouson ou cape) est à mettre ou non dans la sacoche en fonction des prévisions météorologiques et de la durée du parcours. Enfin le copilote doit porter un vêtement très visible et réfléchissant et pour cela on recommande le gilet de sécurité.

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