Qui veut voyager loin ménage sa monture

… ou Du bon usage des dérailleurs

 Ce vieux proverbe qui se réfère aux voyages à cheval et recommande d’économiser ses forces pour durer dans l’action est parfaitement d’actualité dans la pratique cyclotouriste et devrait être de rigueur lorsque nous enfourchons nos tandems.

Ainsi, lorsque l’on roule en groupe tranquillement, je suis souvent  dépassépar des tandems roulant tout à droite (grand plateau, petit pignon) nécessitant des efforts surhumains qui conduisent à voir quelques hectomètres plus loin, à la première pente, des équipages soufflant, la langue par-dessus le guidon, la chaîne en travers et devoir au sommet de la côte, s’arrêter pour attendre les imprudents ayant mal joué du dérailleur.

De même, au démarrage après un arrêt ou un feu ou lorsqu’une pente raide se manifeste des craquements de chaine sur les pignons se font entendre, ce qui n’arrange pas le matériel ni les  finances du club.

 Je vous propose donc quelques suggestions qui permettent de rouler plus longtemps en limitant la fatigue de l’équipage ainsi que celle du matériel par un bon usage des dérailleurs.

Pour cela, il faut assimiler plusieurs principes de base concernant aussi bien les hommes que la machine.

 Pour les humains, si on veut ne pas trop se fatiguer (éviter mal au dos, mal aux jambes, fatigue générale…), il faut rouler avec une dépense d’énergie constante, adaptée à la somme des capacités physiques (rythme cardiorespiratoire, sexe, musculature, taille, poids…) des 2 compères et caractérisée par une rotation des jambes souple et régulière à vitesse constante, dont l’optimum pour un cyclo est d’environ 70 à 80 tours de pédalier par minute sur le plat. A cette énergie constante développée par l’équipage, va s’opposer une résistance due au vent, au relief ou à la combinaison de ces deux ennemis du cyclo. Cette résistance, lorsqu’elle est égale à l’énergie fournie, détermine la vitesse du tandem qui est en relation avec la vitesse de rotation des jambes par le jeu des développements. Lorsque cette résistance s’accroît, il ne faut surtout pas augmenter l’énergie fournie pour ne pas « se mettre dans le rouge », mais diminuer la vitesse du tandem en jouant des dérailleurs pour garder la vitesse de rotation des jambes constante. (La conduite en montagne qui ne concerne pas le club a été exclue de ce propos). Inversement, par vent arrière ou dans une pente, on garde la même dépense d’énergie (vitesse de rotation des jambes) et la vitesse du tandem augmente par le jeu des développements. On voit donc toute l’importance des dérailleurs pour ne pas s’épuiser contre le vent ou l’attraction terrestre.

 De même, si on veut que le matériel (chaîne, pignons, dérailleurs, câbles) dure et ne s’use pas prématurément, il faut respecter le principe de l’alignement de la ligne de chaîne et changer les vitesses progressivement une à une. La chaîne d’entraînement oscille à l’avant entre les 3 plateaux et à l’arrière sur 6 à 9 pignons suivant les montures. Le nombre de combinaisons possible est de 3 fois le nombre de pignons. Mais toutes ne sont pas utilisables. Pour un bon fonctionnement avec peu de frottement il faut que la chaîne soit le plus possible dans l’axe du tandem. Ainsi le minimum de frottement est obtenu avec la chaîne sur le plateau du milieu et sur le pignon du milieu. Dès que la chaîne s’écarte de cette direction et croise un peu, le fonctionnement est moins bon par suite du frottement des maillons de la chaîne. Il est à noter qu’une mauvaise ligne de chaîne favorise l’usure du matériel et a en outre un mauvais rendement qui contribue à la fatigue de l’équipage. Pour un même développement, il est donc préférable d’utiliser la combinaison plateau / pignon qui donne le meilleur alignement de la chaîne.

 Sur le plan pratique, au niveau du club où nous roulons en loisir à allure modérée sur un terrain peu accidenté, souvent urbain, le plateau du milieu (moyen) devrait être le plus souvent utilisé.

Si on se réfère au temps d’utilisation la répartition proposée devrait être de :

                        Grand plateau (48 à 52 dents)           2 %

                        Moyen plateau (36 à 42 dents)          90 %

                        Petit plateau (26 à 32 dents)              8 %

 Le grand plateau doit être limité aux descentes et/ou fort vent arrière et le petit plateau mis en œuvre pour passer une forte pente et/ou lutter contre un fort vent de face. Compte tenu de la différence de vitesse entre ces situations extrêmes, la durée d’utilisation du petit plateau est très supérieure à celle du grand plateau.

Il apparait donc clairement que le grand plateau doit être peu utilisé et réservé aux cas très favorables, afin d’économiser notre santé (jambe, genoux, cœur …).

L’utilisation du dérailleur avant (celui à main gauche) sera donc peu fréquente et le plus souvent ce sera pour passer sur le petit plateau à l’approche d’une côte. Le changement de plateau doit se faire avec une chaîne bien alignée, donc être sur un pignon en position intermédiaire. Si la cote est sévère il ne faut pas attendre d’être dans la côte pour changer, mais anticiper le changement de plateau quitte à redescendre par la suite quelques pignons si le développement est trop petit.

De même lorsque l’on veut remonter sur un plateau supérieur  (du petit vers le moyen ou du moyen vers le grand)  il ne faut pas le faire trop tôt, mais attendre d’avoir un pédalage souple et une bonne ligne de chaîne pour limiter les frottements. Enfin si on veut passer du petit au grand plateau il faut le faire progressivement et en 2 étapes avec un temps d’arrêt sur le plateau du milieu (idem en sens inverse).

 Pour maintenir une bonne ligne de chaîne nous définissons aussi :

Les combinaisons interdites :  

           Grand plateau X Grand pignon

           Petit plateau X Petit pignon

Les combinaisons déconseillées :

           Grand plateau X  Grand pignon -1 et -2

           Petit plateau X Petit pignon +1 et +2

           Moyen plateau  X Grand pignon

           Moyen plateau X Petit pignon

 Il apparait ainsi que le nombre de combinaisons utilisables dans de bonnes conditions est très inférieur au nombre de combinaisons possibles, puisque 8 d’entre elles ne doivent pas être retenues. Attention à faire les bons choix.

Les vitesses indexées dont on dispose aujourd’hui sont très pratiques; cependant il convient de les passer une à une avec douceur. Faire attention en particulier aux poignées tournantes que l’on a tendance à utiliser comme une poignée d’accélérateur de moto sans attendre la stabilisation sur chaque pignon.

 Ces différentes recommandations ont pour but de rouler en souplesse en limitant la fatigue de l’équipage et l’usure du matériel. Mais il faut aussi remarquer que le bon usage des dérailleurs est utile pour améliorer la stabilité et la maniabilité du tandem à faible vitesse. Ainsi il est recommandé de rétrograder avant de s’arrêter pour faciliter le redémarrage et à l’approche d’un obstacle qui va nécessiter un passage à faible vitesse. Cette souplesse de conduite est très pratique en ville au niveau des feux tricolores où un ralentissement progressif permet d’attendre le passage au vert sans mettre pied à terre. Si l’arrêt s’avère obligatoire, le redémarrage peut être très rapide si le handi est resté aux pédales. De plus, aux ronds-points à « céder le passage », cela permet de ralentir à la ligne d’effet puis de repartir très rapidement dès que l’on en a l’opportunité. De même, en bout de piste cyclable il y a souvent des chicanes imposant un slalom difficile à réaliser en tandem, il est important de fortement rétrograder pour passer au ralenti et en souplesse sans poser pied à terre. Le bon usage des dérailleurs concourt donc aussi à la sécurité en facilitant la gestion des passages délicats en particulier en ville.

 En conclusion, un pédalage en souplesse régulier associé à une ligne de chaîne correcte et des changements de vitesse en douceur limite la fatigue des hommes et du matériel.

 Bonne route, en espérant que ces conseils ménageront à l’avenir à la fois la mécanique et la « machine humaine »!

Daniel GOUY

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